Chapitre IX · Le travail

La grande requalification

Un droit effectif d’être formé, avant le choc et non après, vers les compétences que la machine n’assume pas.

L’essentiel

Un droit effectif, pour tout travailleur dont le métier est exposé à l’automatisation, d’être formé avant le choc vers les compétences que la machine n’assume pas encore : le soin, l’éducation, l’artisanat, la transition écologique, tout ce qui exige une main, un regard, une présence. Un observatoire public de l’exposition des métiers déclenchera des parcours de reconversion courts, rémunérés et qualifiants dès qu’un métier bascule, financés notamment par les entreprises qui automatisent.

Le constat

L’intelligence artificielle ne se contentera pas d’assister le travail : elle en absorbera des pans entiers. Rédiger, traduire, classer, calculer, coder, conseiller : des tâches qui font vivre des millions de personnes seront exécutées par des machines, plus vite et pour presque rien. Pour une partie de la population, cette bascule sera rapide, et certains perdront leur emploi sans en retrouver un semblable. Faire comme si de rien n’était serait la pire des politiques sociales, et la plus sûre fabrique de colère.

Ce que nous ferons

  1. Un droit à la formation avant le choc

    Instaurer un droit effectif, pour tout travailleur dont le métier est exposé à l’automatisation, d’être formé, avant le choc et non après, vers les compétences que la machine n’assume pas encore : le soin et le lien, l’éducation, l’artisanat, la transition écologique, la maintenance, le bâtiment, la sécurité, l’alimentation, la culture.

  2. Un observatoire public de l’exposition des métiers

    Créer un observatoire public de l’exposition des métiers à l’intelligence artificielle, qui publiera chaque année, bassin d’emploi par bassin d’emploi, des prévisions honnêtes et contradictoires.

  3. Des reconversions déclenchées dès la bascule

    Déclencher des parcours de reconversion courts, rémunérés et qualifiants dès qu’un métier bascule, sans attendre le licenciement.

  4. Le portefeuille de compétences et le CPF abondé

    Faire du portefeuille national des compétences le véhicule de ces parcours, et abonder massivement le compte personnel de formation pour les métiers les plus exposés.

  5. La contribution des entreprises qui automatisent

    Mettre à contribution les entreprises qui automatisent pour financer la reconversion de ceux qu’elles remplacent : les gains de productivité de l’IA doivent payer les transitions de ceux qui la subissent.

Les garanties

  • La reconversion sera un droit, jamais une sanction.
  • Nul ne sera assigné à un métier qu’il n’a pas choisi.
  • L’accompagnement sera humain, individuel et maintenu jusqu’au retour à l’emploi.
  • Le socle du revenu universel garantira que la peur de la chute n’interdise à personne l’audace d’un nouveau départ.

Objectif mesurable

Que tout travailleur dont le métier est identifié comme fortement exposé se voie proposer un parcours de reconversion financé dans les six mois, et que nul ne reste sans solution d’accompagnement plus de trois mois après un licenciement lié à l’automatisation.

Coûts, financements, gains attendus

Ordres de grandeur tirés de publications d’organismes publics, cités pour éclairer le débat : ils ne constituent pas un chiffrage budgétaire officiel de la mesure.

  • Coût

    Ampleur du choc : 14 % des emplois automatisables selon l’OCDE

    Selon les estimations de l’OCDE, reprises dans le rapport du Sénat « Demain les robots », 14 % des emplois existants présentent un risque d’automatisation complète, et environ un tiers pourraient connaître des transformations profondes. Ces ordres de grandeur dessinent le public potentiellement concerné par un droit à la requalification.

    Source : Sénat (citant l’OCDE), « Demain les robots : vers une transformation des emplois de service », 2019

  • Coût

    Un précédent : le Plan d’investissement dans les compétences, 15 Md€

    La Cour des comptes a évalué le Plan d’investissement dans les compétences (2018-2022), doté de près de 15 milliards d’euros sur cinq ans, dont 13,8 milliards portés par le ministère du Travail, avec l’objectif d’amener vers l’emploi un million de demandeurs d’emploi et un million de jeunes peu qualifiés. Ce précédent donne l’ordre de grandeur du coût d’un effort massif de formation des publics fragiles.

    Source : Cour des comptes, « Évaluation du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) », 2025

  • Financement

    Le socle existant : la dépense nationale de formation professionnelle

    Selon la DARES, la dépense nationale pour la formation professionnelle continue et l’apprentissage, hors dépenses directes des entreprises, s’élevait à 26,3 milliards d’euros en 2017, soit environ 1,1 % du PIB. C’est ce socle de financement existant que la mesure propose de réorienter en priorité vers les métiers les plus exposés à l’automatisation.

    Source : DARES (ministère du Travail), « La dépense nationale pour la formation professionnelle continue et l’apprentissage en 2016 et 2017 », 2019

les gains de productivité de l’IA doivent payer les transitions de ceux qui la subissent
Manifeste pour une République technoprogressiste

Le texte du manifeste

Mesure 21 du manifeste pour une République technoprogressiste, reproduite intégralement.

Disons-le sans détour, parce que personne ne le dit aux Français : l’intelligence artificielle ne se contentera pas d’assister le travail, elle en absorbera des pans entiers. Rédiger, traduire, classer, calculer, coder, conseiller : des tâches qui font vivre des millions de personnes seront exécutées par des machines, plus vite et pour presque rien. Le travail deviendra progressivement moins central dans nos vies ; pour une partie de la population, cette bascule sera rapide, et certains perdront leur emploi sans en retrouver un semblable. Faire comme si de rien n’était serait la pire des politiques sociales, et la plus sûre fabrique de colère.

Nous refusons d’attendre que la vague ait submergé pour tendre la main. La République organisera la grande requalification : un droit effectif, pour tout travailleur dont le métier est exposé à l’automatisation, d’être formé, avant le choc et non après, vers les compétences que la machine n’assume pas encore. Elles sont nombreuses, et elles sont belles : le soin et le lien, l’éducation et l’accompagnement, l’artisanat et le geste, les métiers de la transition écologique et de l’énergie (mesure 12), la maintenance, le bâtiment, la sécurité, l’alimentation, la culture. Tout ce qui exige une main, un regard, une présence.

Concrètement : un observatoire public de l’exposition des métiers à l’intelligence artificielle publiera chaque année, bassin d’emploi par bassin d’emploi, des prévisions honnêtes et contradictoires ; des parcours de reconversion courts, rémunérés et qualifiants seront déclenchés dès qu’un métier bascule, sans attendre le licenciement ; le portefeuille national des compétences (mesure 7) en sera le véhicule, et le compte personnel de formation sera abondé massivement pour les métiers les plus exposés. Les entreprises qui automatisent seront mises à contribution pour financer la reconversion de ceux qu’elles remplacent : les gains de productivité de l’IA doivent payer les transitions de ceux qui la subissent.

Les garanties sont claires : la reconversion sera un droit, jamais une sanction ; nul ne sera assigné à un métier qu’il n’a pas choisi ; l’accompagnement sera humain, individuel et maintenu jusqu’au retour à l’emploi ; et le socle du revenu universel (mesure 10) garantira que la peur de la chute n’interdise à personne l’audace d’un nouveau départ.

Objectif mesurable : que tout travailleur dont le métier est identifié comme fortement exposé se voie proposer un parcours de reconversion financé dans les six mois, et que nul ne reste sans solution d’accompagnement plus de trois mois après un licenciement lié à l’automatisation.