Chapitre II · L’intelligence artificielle

Une IA publique française et européenne

En 2030, l’intelligence ne doit pas dépendre du montant de l’abonnement.

L’essentiel

La France et l’Europe se doteront d’une infrastructure publique de l’intelligence artificielle, bâtie en quatre étages : calcul, modèles ouverts, cloud souverain et bibliothèque nationale de modèles spécialisés. Cette infrastructure sera mise à disposition comme on attribue des bourses, sous forme de droits de calcul pour les écoles, les hôpitaux, les chercheurs, les PME et les associations. L’État investira en parallèle au capital des champions souverains de l’IA via le fonds souverain technologique.

Le constat

L’IA devient le levier principal de la connaissance, du diagnostic, de la création et de la production. En abandonner l’accès aux seules offres commerciales étrangères reviendrait à privatiser l’électricité du siècle, comme si la République n’avait pas nationalisé l’électricité en 1946 pour que la lumière ne dépende ni du lieu de naissance ni de la taille du portefeuille. Face à des concurrents adossés à des capitalisations sans équivalent, nos champions manquent en outre de fonds patients.

Ce que nous ferons

  1. Monter en puissance le calcul public

    Renforcer les moyens nationaux autour de GENCI et du supercalculateur Jean Zay, participer pleinement aux machines exaflopiques européennes d’EuroHPC et construire des centres de calcul adossés à l’électricité nucléaire décarbonée, dont la chaleur fatale chauffera quartiers et équipements publics.

  2. Soutenir les modèles ouverts

    Appuyer résolument l’écosystème français des modèles ouverts, des laboratoires publics à Mistral ou Hugging Face, dans la voie prouvée par BLOOM, entraîné sur Jean Zay par une coopération scientifique mondiale.

  3. Bâtir le cloud souverain

    Héberger cette infrastructure en qualification SecNumCloud, hors de portée des législations extraterritoriales.

  4. Créer une bibliothèque nationale de modèles

    Constituer des modèles spécialisés en droit, santé, éducation, langue française et langues de France, évalués publiquement et soumis à des équipes d’attaque indépendantes.

  5. Attribuer des droits de calcul

    Mettre l’infrastructure à disposition comme on attribue des bourses : des droits de calcul pour les écoles, les hôpitaux, les administrations, les chercheurs, les PME et les associations.

  6. Investir au capital des champions

    À travers le fonds souverain technologique, faire entrer la puissance publique au capital des champions souverains de l’IA en leur apportant des fonds patients ; la nation détiendra une part de ce qu’elle aide à faire grandir.

  7. Taxer les géants étrangers

    Taxer fortement les géants technologiques étrangers opérant sur le marché européen, à la mesure de la valeur qu’ils y captent, dans un cadre négocié à l’échelle de l’Union.

Les garanties

  • Les modèles de la bibliothèque nationale seront évalués publiquement, soumis à des équipes d’attaque indépendantes, avec publication des résultats.
  • L’hébergement sera qualifié SecNumCloud, hors de portée des législations extraterritoriales.
  • La conformité au règlement européen sur l’IA sera retournée en avantage, avec le label de confiance « évalué, audité, souverain ».
  • Le financement par loi de programmation décennale sera placé sous contrôle parlementaire annuel.

Objectif mesurable

Une loi de programmation décennale, à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros, sous contrôle parlementaire annuel, soit l’ordre de grandeur du programme électronucléaire.

Coûts, financements, gains attendus

Ordres de grandeur tirés de publications d’organismes publics, cités pour éclairer le débat : ils ne constituent pas un chiffrage budgétaire officiel de la mesure.

En 2030, l’intelligence ne doit pas dépendre du montant de l’abonnement.
Manifeste pour une République technoprogressiste

Le texte du manifeste

Mesure 4 du manifeste pour une République technoprogressiste, reproduite intégralement.

En 1946, la République a nationalisé l’électricité pour que la lumière ne dépende ni du lieu de naissance ni de la taille du portefeuille. En 2030, l’intelligence ne doit pas dépendre du montant de l’abonnement. Si l’IA devient, et elle le devient, le levier principal de la connaissance, du diagnostic, de la création et de la production, alors en abandonner l’accès aux seules offres commerciales étrangères reviendrait à privatiser l’électricité du siècle.

Nous bâtirons une infrastructure publique de l’intelligence, en quatre étages. Le calcul, d’abord : montée en puissance des moyens nationaux autour de GENCI et du supercalculateur Jean Zay, pleine participation aux machines exaflopiques européennes d’EuroHPC, et construction de centres de calcul adossés à notre électricité nucléaire décarbonée, dont la chaleur fatale sera récupérée pour chauffer quartiers et équipements publics, car un centre de données peut aussi être une chaufferie urbaine. Les modèles, ensuite : soutien résolu aux modèles ouverts, dont l’écosystème français, des laboratoires publics à Mistral ou Hugging Face, a démontré qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleurs ; le modèle BLOOM, entraîné sur Jean Zay par une coopération scientifique mondiale, a prouvé la voie. Le cloud souverain, troisième étage : hébergement qualifié SecNumCloud, hors de portée des législations extraterritoriales. Enfin, une bibliothèque nationale de modèles spécialisés (droit, santé, éducation, langue française et langues de France), évalués publiquement, soumis à des équipes d’attaque indépendantes, avec publication des résultats.

Cette infrastructure sera mise à disposition comme on attribue des bourses : des droits de calcul pour les écoles, les hôpitaux, les administrations, les chercheurs, les PME, les associations. L’artisan qui veut automatiser ses devis y aura droit comme le laboratoire qui cherche une molécule.

L’État ne se contentera pas de bâtir : il investira. À travers le fonds souverain technologique (mesure 19), la puissance publique entrera au capital de nos champions souverains de l’intelligence artificielle, en y apportant les fonds patients qui leur manquent face à des concurrents adossés à des capitalisations sans équivalent. Chaque euro public investi accélérera leurs centres de calcul, leurs modèles et leurs recrutements ; la nation, en retour, détiendra une part de ce qu’elle aide à faire grandir. Ce soutien s’accompagnera d’une exigence fiscale : les géants technologiques étrangers qui opèrent sur le marché européen y seront fortement taxés, à la mesure de la valeur qu’ils y captent, dans un cadre négocié à l’échelle de l’Union. Nul ne doit prospérer sur un continent sans contribuer à ses infrastructures.

La conformité au règlement européen sur l’IA ne sera pas vécue comme une entrave mais retournée en avantage : « évalué, audité, souverain » doit devenir un label de confiance que le monde nous enviera. Le financement relèvera d’une loi de programmation décennale, à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros, sous contrôle parlementaire annuel, soit l’ordre de grandeur de ce qu’exigea, en son temps, le programme électronucléaire.